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Transat retour Saint Martin – Açores, mai 2009
Lundi 04 mai : ça y est ! nous partons enfin ! il était temps ça commençait à nous démanger… A priori, les conditions météo sont bonnes même si l’on sait que l’on devra faire pas mal de pré. Nous levons donc l’ancre avec notre bateau ami Eos où se trouvent Marc et son père, Christian. Comme on dit, l’union fait la force…
Cependant, nous allons traverser l’Atlantique Nord et pour le cas où nous l’aurions oublié, celui-ci se charge de nous le
rappeler… nous sommes vite mis au parfum : le soir même, le ciel nous tombe sur la tête via l’apparition d’un méga grain orageux. Déluge à faire pâlir d’envie Noé, sous 30 nœuds de vent, et
jusqu’au lendemain matin… Les jours suivants sont plus calmes (20 nœuds en moyenne) et surtout plus ensoleillés, ce qui nous permet de faire sécher nos habits.
Mercredi 06 mai : Eos file si bien dans le vent que nous perdons le contact VHF. Heureusement, nous avons de ses nouvelles par un autre voilier du nom de Nicoline. Avons vu un Fou de Bassan et un Paille en Queue.
Jeudi 07 mai : renforcement du vent et mer hachée. Nous nous apercevons que le bateau tape sérieusement dans la vague au pré : deux, trois fois d’affilée par minute, retentit un grand « sblammm » qui stoppe net le bateau dans sont élan. Toute la structure en est ébranlée. Nous ressentons les vibrations au cœur de nos entrailles, allant même jusqu’à nous provoquer des céphalées. Et oui, c’est un bateau à fond plat… Nous nous creusons tout de même la tête pour essayer d’atténuer le problème (on a l’impression que le bateau va s’ouvrir en deux à chaque fois !) : l’arrière du bateau est-il trop chargé ? Faut il déplacer les bidons de gasoil ? Changer la voilure ? Claude n’en dors pas de la nuit.
Vendredi 08 mai : victoire ! nous avons réussit à joindre Eos à nouveau à la VHF ! Marc nous annonce que sa grand voile est déchirée sous le troisième ri. Il va essayer de la recoudre dès que le vent tombera un peu. Tentative de pèche mais l’océan est plein d’algues brunes, j’abandonne. Cela me permets toutefois de les observer de plus près : elles ont des flotteurs minuscules et de fines feuilles allongées et dentelées mais pas de racine.
Samedi 09 mai : nous commençons à voir flotter des objets que l’on identifions que trop bien. Gros flotteur provenant de bateaux de pèche, filet de pèche dérivant, bouteille ou bidon en plastique… Nous ne savons pas encore que tous les jours nous verrons ce genre de déchet. Peu après avoir capté la météo marine quotidienne de RFI sur la BLU, Marc nous appelle en nous signalant qu’il va plonger pour regarder la prise d’eau de son moteur. En effet, celui-ci déclenche une alarme de surchauffe quand il essai de le mettre en route. Par acquis de conscience, nous essayons nous aussi de faire fonctionner notre moteur. Et là, horreur !!! le moteur cogne si fort que cela soulève le plancher du cockpit !!! On dirait qu’il va s’arracher de son socle ! on l’éteint de suite. Pas de doute, il doit y avoir quelque chose de coincer dans l’hélice. Claude plonge et effectivement dégage un cordage qui bloque l’hélice. Pourvu que le joint Saildrive ne soit pas endommagé. Nous remettons le moteur en route. Le bruit est normal et il n’y a pas de voie d’eau… ouf ! Nous reprenons la route avec notre bateau ami, Eos, qui est venu nous rejoindre. Ils ont réussit à trouver la panne de leur moteur. Joie partagée entre les deux bateaux.
Dimanche 10 mai – Mardi 12 mai : nous sommes dans la terrible Mer des Sargasses, sous les « Horses Lattitudes »
surnommées ainsi car le vent y est si faible que les navires à voiles de l’ancien temps jetaient les chevaux par-dessus bord afin d’alléger le poids du navire et pouvoir sauver leur peau !
Nous sommes donc au moteur et j’en profite pour pécher et observer les Physalies. Ces gracieuses méduses présentent un flotteur transparent en forme de voile dentelée de couleur rose nacré à
violet et de longs tentacules extrêmement urticants (gants obligatoires !). Il y en a des centaines autour du bateau, de 1 à 10 centimètres de long. Nous en verrons jusqu’aux Açores.
Physalie jolie...
Ces jours de marche au moteur nous permettent de nettoyer et ranger le bateau, nous doucher, nous reposer et lire. Si jusqu’à présent, c’était surtout salades variées (avocats, carottes râpées,
maïs, coeurs de palmiers, etc), c’est maintenant le temps béni des quiches lardons, quiches thon - champignons, spaghettis forestières, omelettes baveuses, pot-au-feu (et oui, on commence à se
geler le soir !) …
Nous parlons par VHF avec un homme charmant, Daniel, à la passerelle de son cargo de chargement de sucre et qui s’interroge sur la présence de tous ces voiliers allant aux Açores. Nous lui expliquons que c’est la meilleure saison pour effectuer cette traversée.
Mercredi 13 mai : le vent souffle à nouveau, cap à l’Est ! Jusqu’à présent, nous remontions vers le nord afin d’y trouver des vents favorables. Nous tentons de faire cap direct à présent malgré la dépression relative qui se forme à la place de l’anticyclone, au dessus de nos têtes. A la nuit tombante, le vent étant à nouveau nul, nous remettons en route le moteur. Catastrophe !!! le bruit est anormal ! A nouveau, il doit y avoir un déchet coincé dans l’hélice… Nous en informons Eos qui se rapproche de nous. Nous ne pouvons pas plonger, il fait nuit à présent. Nous décidons de nous mettre en « stand by » jusqu’à demain matin. Sans vent et sans moteur, ça balance drôlement à l’intérieur des bateaux mais qu’est ce que l’on dors bien !
Jeudi 14 mai : Claude plonge (mais en combinaison cette fois car il commence à faire froid surtout à 6 heure du matin !)
et constate qu’il y a, à nouveau, un cordage et du plastique autour de l’hélice. Il dégage cette dernière et on remet le moteur en route : tout va bien cette fois encore… Nous partons vite
fait car le roulis est important. Il pleut depuis hier soir et le vent se lève : nous remettons les voiles. Il faut se dépêcher de sortir de la zone dépressionnaire avant qu’elle ne se
renforce. Bien entendu, le fichier météo « grib » ne correspond pas à la situation réelle…
Eos dans la houle
Vendredi 15 mai : nous sommes tout près du centre de la dépression. La mer devient forte, jusqu’à 4 m de creux. La longue
houle qui s’est formée est impressionnante. Nous filons avec trois ris – trinquette sous les nuages bas et un ciel blafard et océans de plomb. Il fait très sombre même en plein milieu de la
journée. L’anémomètre a été emporté durant une prise de ri. De 35 nœuds, on passe à zéro, ce qui est moins stressant finalement !!! Ca bouge bien dans le bateau alors, à la guerre comme à la
guerre, ce soir je n’ai pas le cœur à cuisiner, ça sera raviolis en boîte ! Il va nous falloir être patient.
Samedi 16 mai – Dimanche 17 mai : le vent se calme un peu (moins de 30 nœuds) et l’état de la mer aussi. On sent que l’on
s’éloigne de la dépression ; pourvu qu’elle ne monte pas au nord est comme nous ! Avons croisé une tortue adulte mais aussi un fût de 200 litres à moitié immergé, à 2 mètres du bateau…
ça aurait fait un beau trou, ma foi ! Pour nous réconforter, une bande de dauphins vient jouer dans l’étrave.
Lundi 18 mai : le moral remonte d’autant plus vite que le soleil revient ! on en profite pour aérer et faire sécher les vêtements. Lavage de cheveux : ô bonheur ! Et comme une joie n’arrive pas seule, nous captons Eos de nouveau à la VHF. Grosse frayeur dans l’après-midi : une baleine sonde à 20 mètres devant l’étrave avant de plonger. Il va nous falloir redoubler de vigilance : cargos, déchets flottants et maintenant baleines…
Mardi 19 mai – jeudi 21 mai : vent soutenu (20- 25 nœuds d’après Eos) toujours d’Est, donc dans le nez, nous obligeant à tirer des bords. Nous attendons une bascule de vent d’Ouest pour dans 2 jours… Grains fréquents et orageux parfois. Nuits froides : j’ai à présent 6 couches en haut et 3 en bas. Baleine en vue à nouveau mais de loin. Des dauphins et des Physalies, nombreux. Et des oiseaux noirs qui volent à la manière des chauves-souris : peut être des Océanites. J’ai fait du pain à la farine de châtaigne et lardons : un régal !
Vendredi 22 mai : le vent est tellement tombé que nous envoyons le spi. Mais il a enfin changé de direction, passant d’Est au SE puis Sud et enfin à l’OUEST. Comme il y a des passages nuageux, nous optons ensuite pour le génois tangoné et la grand voile en ciseaux. Cependant, Claude détecte des fissures au pied du mat et bien que le gréement ait été révisé en Martinique avant de remonter, le mat bouge à nouveau et n’appuie pas assez sur l’avant. A surveiller… Au crépuscule, nous avons droit à un spectacle de dauphins : 10 sauts d’affilés coup sur coup par un des dauphins. Magnifique !
Samedi 23 mai – Dimanche 24 mai : enfin au portant ! temps ensoleillé. Avons vu trois cachalots côte-à-côte : jet d’eau puissant mais peu élevé, dos noirs, petit aileron dorsal.
Lundi 25 mai : moteur, Maestro !
Mardi 26 mai : terre en vue ! On distingue l’île de Faïal à environ 25 miles. Le vent se lève : génois – GV, on
file à plus de 6 nœuds. De gros nuages noirs s’amoncellent peu à peu au dessus de nos têtes : une nouvelle dépression est annoncée sur les Açores. Nous arrivons dans le port de Horta vers 16
heures. Quel monde !!! On s’en doutait un peu à entendre les émissions VHF entre voiliers de différentes nationalités mais pas à ce point. Nous sommes en troisième position au quai d’accueil
et Eos vient se mettre à nos côtés, en quatrième position. Le personnel de la marina est très serviable et décontracté. On nous trouve une place contre la mythique digue bariolée du nouveau port.
Enfin arrivés ! Nous sommes soulagés d’être là et d’y être avant que le vent forcisse. Soirée joyeuse et chaleureuse au non moins mythique Peter Café Sport !!!
La belle ville de Horta, Açores
La digue barriolée de Horta, où chaque bateau se doit d'aposer son dessin
Le Mont Pico, sur l'île voisine, depuis Faïal
Marc, Christian, Jacquie, Claude... ils l'ont fait !
Fin de la première partie de la traversée retour. Deux amis équipiers viennent de nous rejoindre et ferons le trajet Açores – France avec Claude ; pour ma part, je prends l’avion le 1er juin pour rejoindre mon fils en Aveyron et soulager ma Maman d’un petit garçon plein d’énergie…
Au bilan de cette traversée :
- une situation météo quelque peu anormale avec seulement 8 jours au portant sur 22 jours, un méga grain le premier soir et un anticyclone qui se transforme en dépression sur Est Bermudes… Heureusement que nous n’avions pas notre fils avec nous
- pas de casse pour notre bateau de 2002 et 190 litres de gasoil consommés (ce n’est pas très écolo mais ça aurait pu être pire)
- des déchets partout, tous les jours : flotteurs de pèche, filets, bidons plastiques et fût immergé, un néon ( !), des plaques de polystyrène et … des cordages dans l’hélice par deux fois !
- aucun poisson de pêché et nous ne sommes pas les seuls voiliers à l’avoir constaté
- des Physalies partout et des Dauphins et des Baleines surtout à l’approche des Açores.
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